Podcast Episode 4 – La saison du « ET »

Voici le dernier épisode du podcast de Tricot en Cours dont vous trouverez ci-dessous la retranscription complète… Bonne écoute et/ou bonne lecture !

Alors que Septembre approche à grands pas et que la rentrée se précise, je choisis ce moment pour reprendre un podcast laissé un peu à l’abandon dernièrement.

Ce podcast, qui se voulait un rendez-vous régulier pour les amoureux de la laine, a quelque peu fait les frais des grandes manoeuvres de la fin de l’année scolaire passée, des manoeuvres toutes intérieures à vrai dire.

Ce printemps a été accompagné de son lot de surprises et d’interrogations, tant sur le plan professionnel que personnel : après un début d’année prometteur, le ralentissement progressif de mon activité m’a amené à me questionner sur la pertinence de certains domaines de celle-ci et l’énergie que j’avais consacrée depuis trois ans à la création de cette activité a commencé à montrer quelques signes de faiblesse… ce qui m’a conduit à arbitrer entre ces diverses activités, au détriment de ce pauvre podcast.

Puis ce questionnement, qui apparaissait d’abord sous l’angle du faire (quoi faire, comment le faire et même pourquoi le faire) a laissé peu à peu la place à des questions de fond qui ont davantage concerné l’être : d’abord celui de l’entité Tricot en Cours mais inévitablement aussi, le mien.

Voilà comment j’ai été ramenée à qui ou à ce que je suis et bien que cette façon de réfléchir ne soit pas nouvelle pour moi, j’ai réalisé une fois de plus à quel point globalement nous ne sommes pas entraînés à penser en ces termes : notre système ayant plutôt tendance à mettre en avant nos savoir-faire plutôt que nos savoir-être (la fameuse question posée dès l’enfance : « que voudrais-tu faire quand tu seras grand ? »  qui trouve son équivalent à l’âge adulte dans le “Que faites-vous dans la vie ?” en étant la preuve la plus éclatante).

Même s’il y a un réel intérêt à prendre en compte ce que nous faisons parce que cela traduit quelque chose de qui nous sommes, en rester là serait ne pas considérer que nous sommes des « êtres » avant d’être des personnes qui font.

Mais bref, je m’égare.

Ce questionnement personnel n’était déjà pas facile à aborder en soi, alors quand il s’est agi de le coupler à la question professionnelle, vous pouvez imaginer la complexité de la chose.

Tricot en Cours a été une formidable opportunité d’apprendre à bien des égards et tout au long du chemin, je n’ai cessé de revenir à la question du processus, centrale à mes yeux. Je dis d’ailleurs souvent que le plaisir du tricot réside pour moi davantage dans le processus que dans le produit fini.

Ceci a été le premier élément de réflexion et d’étirement pour moi, le deuxième se manifestant dans la tension qui existe entre mon rôle professionnel (avec ses exigences de rentabilité, d’efficacité, de réalisme) et ma vie personnelle, où je suis plutôt portée au rêve, à la contemplation et à une certaine lenteur.

Et une fois de plus, je ne peux pas dire que l’environnement et la culture dans laquelle nous sommes m’ait beaucoup aidé de ce côté là, la tendance étant plutôt à nous inviter à compartimenter les divers domaines de nos vies, ce qui à mon sens tend à nous appauvrir plutôt qu’à nous enrichir.

J’ai donc cherché à vivre cette aventure de Tricot en Cours en conciliant ces deux aspects, le faire et l’être, le professionnel et le personnel, en tâtonnant beaucoup, en redessinant sans cesse les contours de cette activité pour en faire quelque chose qui me ressemble tout en n’étant pas moi.

Parce que, comme tout le monde, je ne me résume ni à être une épouse ou une mère ou une femme ou une entrepreneure ou une amie ou une artisan.

Et comme l’a tout récemment dit une de mes proches, la saison qui s’ouvre devant moi, et sans doute devant beaucoup d’autres aussi, est celle du ET.

Je suis ET créative ET pragmatique ET artiste ET chef de ma petite entreprise ET mère ET épouse ET fille ET femme ET soeur ET aventurière ET casanière ET psychologue ET tricoteuse ET artisan ET bouquineuse ET randonneuse ET tranquille ET gourmande ET pensive ET solitaire… (la liste n’étant pas exhaustive, évidemment). Certes, pas toujours tout en même temps, Dieu merci.

Je me suis surprise moi-même dernièrement en constatant que j’étais passée d’un mode « mono-tricot » c’est à dire un seul ouvrage à la fois, à un mode multi-tricot, lorsque j’ai réalisé que j’avais au bas mot 6 ou 7 ouvrages en cours (et qu’il y en aurait sans doute plus si je me laissais aller) : et c’est en écrivant ces lignes que je prends conscience du fait que cela n’est que le reflet de cette saison de ma vie au cours de laquelle les différents traits de ma personnalité s’expriment, ce qui peut donner l’impression de se retrouver au milieu d’un grand tourbillon s’achevant dans une explosion de projets divers, d’envies variées, de tentatives dans maintes directions, d’essais, d’erreurs, d’abandons, de pistes…

Quelque chose qui aurait l’apparence du chaos mais où chaque élément prend petit à petit sa place et a son utilité.

Prenez le tricot que je viens de terminer par exemple : il s’agit d’un cache-coeur pour bébé, tricoté pour ma petite nièce avec de l’alpaga Drops selon un modèle de Phildar : cet ouvrage, c’est l’éloge de la douceur, de la légèreté, de la souplesse. Un tricot facile et qui monte vite, pour lequel j’ai tout de même effectué quelques petites modifications afin de le tricoter en rond plutôt qu’à plat.

Un tricot doudou avec un petit twist en somme, quelque chose que j’aurais plaisir à offrir à la dernière née de la famille…

Il y a ensuite le sweater Vivienne : ce pull élégant de Kim Hargreaves est tiré de son livre Precious, un des premiers livres de tricot que j’ai reçu à l’occasion d’un de mes anniversaires. Ce modèle là se classerait dans la catégorie classique et intemporel, un chouya raffiné… L’original était tricoté avec un fil en cachemire, j’ai choisi pour ma part un baby alpaga, un fil que j’ai utilisé moi-même dans ma boutique en version teinte, cette fois en coloris naturel… Un pull qui complètera ma garde-robe avec un basique.

Ce tricot là, c’est mon tricot féminin, celui de la tête dans les étoiles mais qui pourrait aussi bien être porté tous les jours… Il est aussi une manière d’oser : oser tricoter des matières nobles (en procédant par étape quand même, je n’ai pas encore franchi le cap psychologique et financier que représente le cachemire), oser le faire pour moi et oser porter de jolies choses.

Un peu comme oser se dire oui.

Il y a aussi Socks on a plane, des chaussettes qui tout juste démarrées vont bientôt être détricotées pour être remontées illico avec le même fil, un fil à chaussettes artisanal trouvé chez Alysse Créations composé de laine vierge, de soie maulbère et de ramie (une fibre végétale solide issue de l’ortie).

Ce fil, teint dans des tons de bleus, servira à essayer un nouveau modèle, le Nutkin de Beth La Pensee, le Socks on a plane ayant déjà été utilisé pour confectionner des chaussettes offertes à une amie.

Les chaussettes tricotées main et les fils que je choisis sont par ailleurs une source d’étonnement permanent pour moi quand je me rend compte que je n’ai pas une seule paire de chaussettes dans un coloris neutre mais que je persiste à choisir pour ce type de réalisation des couleurs et des motifs somme toute assez peu modestes…

Ce projet là, c’est l’alliance du beau et du terre à terre, l‘audace de choisir pour ses pieds des choses colorées et brillantes et un modèle qui n’a pas encore été exploré.

Et puis là, on passe dans la catégorie “Lâchez les chevaux” : 

Avec la laine grise Origine des Toisons Bretonnes, une laine rustique 100% française, je me lance dans le vide en créant un modèle de pull qui me trotte dans la tête depuis quelques temps déjà.

Je me suis toujours considérée comme une assez bonne exécutante mais doutant terriblement de mes capacités de création : avec cet ouvrage là, voilà l’occasion de ne pas me laisser arrêter par la perception que j’ai de moi ou de mes compétences. Voilà une opportunité d’expérimenter sans pression, avec la liberté immense de pouvoir essayer, me tromper, recommencer,… en particulier avec la grâce qu’offre un média comme le tricot de pouvoir faire et défaire sans prendre d’autres risques que celui de perdre du temps.

Et comme justement pour moi la joie réside dans le processus et que je n’ai jamais l’impression de perdre mon temps en tricotant, je suis gagnante sur tous les tableaux.

En parlant de tableau justement, il y a aussi ces deux ou trois (voire quatre ou cinq) autres projets créatifs qui me tirent du côté de l’expression artistique… Et ça c’est nouveau aussi. Ces réalisations là viennent nourrir mon besoin d’expérimentation et de beauté, ils sont source de joie juste parce qu’ils existent, parce qu’ils sont. Peut-être que certains d’entre eux ne seront jamais exposés à d’autres regards que les miens mais ils portent une partie de qui je suis.

Et puis enfin, il y a ce tricot, pas du tout commencé, dont je n’ai même pas encore commandé ni la laine ni le patron (celui-ci n’ayant pas été édité en dehors de sa version livre) :  ce tricot là, c’est à la fois un défi et un rêve, une sorte de Graal de la tricoteuse. Il s’agit du modèle Yell de Marie Wallin, un gilet entièrement en jacquard que j’imagine dans mon cas se marier parfaitement avec une tenue un peu plus contemporaine que celui de la fille sur la photo (mais ça c’est juste mon côté bon élève).

Ce tricot là, c’est le tricot de l’attente et du “pas tout tout de suite”, le tricot qui maintient le désir et donne à espérer qu’un jour, ça sera possible.

Bien sûr, je ne parle pas de ce qui tourne dans ma tête, les moufles en jacquard et un ou deux bonnets pour cet hiver, j’apprends aussi à respecter mes limites et à protéger ma santé mentale : une belle illustration des moments où ne pas tricoter ou ne pas se lancer est aussi signe de sagesse.

Cette période étrange, c’est donc tout ça à la fois : le doux ET le rustique, l’immédiat ET le différé, l’abondance ET la sobriété, la fragilité ET la solidité, la richesse ET la simplicité, la difficulté ET la facilité.

Une période de contrastes et de paradoxes. Une période qui nous rappelle que nous sommes des êtres décidément impossibles à simplifier.

Pour celles et ceux qui auraient envie de poursuivre la réflexion, voilà un petit exercice pratique auquel je vous invite :

1/ Prenez 10 ou 15 minutes (ou une journée entière si vous le souhaitez), un papier et un crayon (ou votre ordinateur ET un stylo vert) pour réfléchir à votre ET à vous.

2/ Choisissez autant d’adjectifs qui vous décrivent, ceux-ci étant :

  • autant que possible positifs ou tout du moins représentant des choses que vous aimez chez vous ou que vous travaillez à aimer (c’est à dire pas du style « bon(ne) à rien » ou “incompétent(e)” ou « moche »… tant qu’à faire cet exercice, autant se faire du bien 🙂 ;
  • plutôt du domaine de l’être (ex : gentil(le), intelligent(e), joyeu(x)se,…) même s’ils peuvent traduire quelque chose du domaine du faire (ex : travailleu(r)se, sporti(f)ve, organisé(e), bon(ne) cuisinier(e)…) ;
  • des termes que vous utilisez pour vous décrire vous même ou que d’autres personnes utilisent pour parler de vous (et que vous reconnaissez comme étant vrais).

3/ Une fois votre liste en main, prenez le temps la lire et de savourer la richesse et la complexité de votre personnalité.

4/ Revenez-y chaque fois que le besoin s’en fait sentir.

Voilà maintenant venu le temps de nous séparer : j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire et enregistrer ce podcast.

N’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous si vous le souhaitez, recevoir de vos nouvelles est toujours un plaisir.

Merci de votre écoute et à très bientôt pour un prochain épisode du Podcast de Tricot en cours.


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