Nous y sommes !

Après quelques semaines (que dis-je ! quelques mois !) de préparation, la voilà enfin.

Une boutique toute neuve, prête à accueillir ses visiteurs… les curieux, les rêveurs, les amoureux de la laine et des couleurs, ceux qui passeront par là juste pour le plaisir des yeux et ceux qui chercheront la perle rare pour tricoter un ouvrage spécial, unique.

Cette boutique n’a pas toujours été une évidence et il aura fallu un certain temps pour que l’idée fasse son chemin : si je tricote depuis des années, le filage en revanche est plutôt une histoire récente, tout comme la teinture. Et quant à croire que j’étais capable, moi, de me lancer dans cette affaire et d’en faire une activité économique sérieuse, n’en parlons pas (encore que cet aspect là des choses reste toujours à prouver).

Fabriquer de la laine est un processus qui prend du temps. Je rectifie, fabriquer du fil est un processus qui prend du temps (car comme dirait mon ami Simon, ce sont les moutons qui fabriquent la laine).

Et moi, les histoires de temps et de processus, il se trouve que j’aime ça. Je suppose que c’est donc tout naturellement que j’ai répondu à l’appel de la laine. J’y avais déjà goûté lorsque je faisais mes premiers pas de tricoteuse, quand je m’étais rendue compte que le rythme lent qu’impose le tricot me convenait bien, que je ne faisais pas partie de ceux qui s’exaspèrent au bout de quelques rangs et se demandent combien de temps il leur faudra avant de venir à bout de ce fichu tricot ; quand je passais des heures à choisir la bonne laine pour le bon ouvrage, la bonne couleur, la bonne texture et m’enthousiasmais à la pensée des longues heures passées en tête à tête avec mes aiguilles.

Quoi de plus naturel alors que de passer à l’étape suivante, celle de la fabrication du fil à proprement parler ?

Il faut dire que comme dans beaucoup d’autres domaines, c’est mon cher et tendre qui a déclenché sans le vouloir sans doute, une réflexion sur l’origine de ces fibres tant aimées.

Ses interrogations fréquentes sur le comment-sont-fabriquées-les-choses-par-qui -et-où ont fini par gagner un terrain où je régnais jusque là en maître(sse).

« Mais c’est vrai ça, d’où vient la laine que je tricote, par qui et comment a-t-elle été fabriquée ? N’y aurait-il désormais que des moutons chinois, néo-zélandais ou australiens pour approvisionner les millions de tricoteuses que comptent la planète ? N’avons-nous pas encore quelques moutons en France qui seraient prêts à donner de leur toison pour participer à l’effort national ? « . J’eus soudain envie de local, de durable, d’écologique. Envie d’autrement… de « slow wool« .

Pendant les mois qui ont suivi, notre famille a visité quelques lieux de production de laine française et cela nous a laissé rêveurs : des gens qui participaient, chacun à leur niveau et avec leurs dons à une économie locale et contribuaient au développement d’un territoire. Avec des approches souvent différentes mais un désir commun de mettre en valeur ce que notre patrimoine et les hommes qui l’habitent portent de beau.

Et comme je ne suis ni une économiste, ni une spécialiste du développement de projet à grande échelle, j’ai appris à filer. Au fuseau d’abord puis au rouet. J’ai pris du temps (encore !) pour m’assurer que oui, c’était bien dans cette direction que je voulais aller avant d’investir dans un peu de matériel. Et puis je me suis lancée. J’ai fait des essais, j’ai commencé petit en me disant parfois que c’était une idée géniale et d’autres fois que ça n’intéresserait personne. J’ai commencé à parler des mes projets, frappé à quelques portes. J’ai trouvé des partenaires qui ont accepté d’abriter mes ateliers (merci le Lexington Café et Biche qui m’a ouvert les portes de sa classe !), des amis qui m’ont écoutée et encouragée, une famille qui se montre encore plus enthousiaste et confiante que je ne le suis.

C’est le début de l’aventure, j’en suis consciente. Je vous raconterai sans doute mes coups de panique au moment de distribuer des flyers ou mon incompréhension totale des différentes formules juridiques parmi lesquelles choisir quand on démarre une activité après des années de vie de femme au foyer.

Mais je vous dirai aussi la douceur du mérinos, la solidité de la soie, le ronronnement du rouet et les couleurs qui éclaboussent, la magie du moment où l’on découvre quelle teinte exacte va donner le noyau d’avocat pour ce bain là, la joie de répondre aux questions curieuses des gens qui n’y connaissent rien à la laine ni au tricot mais qui se rappellent de Mamie qui confectionnait des pulls qui grattent pour chacun de ses petits-enfants.

La laine, c’est souvent une histoire de famille. Elle a habité la mienne et m’a fait le cadeau de m’inviter dans son monde. Et c’est dans ce monde là que je vous convie à mon tour.


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