Naissance d’un écheveau…

La transformation de la laine en fil est un processus qui prend du temps, notamment quand on travaille avec des végétaux…

Un peu comme une chasse au trésor, vous avez beau suivre les étapes les unes après les autres, vous ne savez jamais réellement quel va être votre résultat… Le pH de l’eau, la quantité de matière colorante, la méthode de mordançage ou le temps d’infusion… toutes ces choses auront une influence sur le résultat final. Il m’est aussi arrivé d’obtenir une couleur qui évolue au fil des lavages… C’est la magie de la teinture végétale.

En voici un petit aperçu, sachant que je pars d’une fibre qui a déjà été lavée et peignée.

Jour 1 : Aujourd’hui, on mordance !

Pour recevoir et fixer la couleur, il est préférable de préparer la fibre : il existe des techniques différentes pour cela ; j’en utilise essentiellement deux, la première à l’alun et à la crème de tartre avec une méthode douce sans chauffage et la deuxième en trempage dans du lait de soja (en particulier pour la teinture à l’avocat qui donne ainsi des roses plus soutenus et un rose tirant sur le pêche avec l’alun).

Les mèches sont alors trempées pendant minimum 48h dans la préparation (avec des allers et retours entre trempage et séchage pour le lait de soja) avant la seconde étape.

Jour 2 : On extrait !

Dans le cas de la teinture végétale, il nous faut d’abord extraire le pigment ou la couleur de son support (noyaux d’avocat, feuilles de lavande, prunelles sauvages,…), ici la peau de la grenade.

On met la matière qui a été séchée et détaillée au préalable dans un fond d’eau et on chauffe doucement pendant une heure. Puis on laisse reposer et redescendre la température avant de filtrer une première fois. On remet ensuite la matière à chauffer, le but étant de continuer d’extraire de la couleur tant qu’il y en a.

Généralement je laisse reposer une nuit avant de passer à l’étape suivante, histoire que la couleur se concentre un peu.

Jour 3 : On teint !

Ça y est, ma mèche est prête et mon bain aussi : j’y laisse tranquillement glisser la laine et je chauffe doucement, le but étant de ne pas la feutrer.

On laisse reposer jusqu’à ce que la température redescende ; j’aime bien laisser mariner jusqu’au lendemain pour laisser le temps à la fibre d’absorber complètement la couleur.

Jour 4 : Séchage

J’essore avec délicatesse la mèche et je l’étends pour la laisser sécher.

A ce stade, la fibre peut parfois retourner dans un bain pour déposer une deuxième couche et obtenir une coloration plus foncée.

La plupart du temps, je laisse passer une semaine entre le jour de la teinture et le premier rinçage pour donner toutes les chances à ma laine de développer sa propre personnalité…

Jour 10 : Rinçage et séchage

Je mets la laine à tremper pour qu’elle se gorge d’eau et j’essore doucement (toujours pour éviter le feutrage) jusqu’à ce que l’eau de rinçage soit claire. Puis étendage et séchage.

Jour 11 ou 12 (selon la saison !) : on file !

Depuis que j’ai ma merveilleuse cardeuse à rouleaux, je passe souvent par cette étape pour bien aérer ma mèche qui sera alors plus facile à travailler.

Quand je fais des mélanges de couleurs, c’est à ce moment là que je réalise une nappe depuis laquelle je vais filer.

Et enfin, je file.

La plupart de mes écheveaux sont des fils à deux brins : on file d’abord un premier brin,

puis un deuxième avant de les associer en les retordant ensemble. Vient ensuite la mise en écheveau à l’aide du Niddy Noddy.

L’ensemble de ces étapes prend entre 2h et 7h en fonction de l’épaisseur du fil… quand je vous dis que j’aime les choses qui prennent du temps !

Jour 12 ou 13 : Lavage et séchage

A nouveau, on laisse tremper l’écheveau dans un bain d’eau tiède histoire de « fixer » le fil en torsion et de lui permettre aussi de se détendre… On laisse sécher puis on lui donne une jolie forme d’écheveau avant d’étiqueter.

Sunshine est prêt à être tricoté…

 


6 thoughts on “Naissance d’un écheveau…

  1. Fran Spindrift Répondre

    Quel plaisir de venir faire une petite balade par chez toi! Ça fait très longtemps que j’ai pas regardé ton blog (seulement par une manque de temps, rien d’autre…) et j’ai pris beaucoup de plaisir à lire tes derniers articles. Celui de 12 mai m’as beaucoup parlé ainsi que cette description très poétique de la naissance d’un écheveau! Combien j’aimerais passer un peu de temps avec toi autour d’un thé et avec nos rouets/fuseaux….je suis sûre qu’on aura de quoi papoter!

    Sinon, je me demande si tu as déjà essayé de chronométrer (je voulais dire « to time », mais j’ai peut être choisi le mauvais mot!) toutes ces étapes? Pour mes deux prochains projets de filage je voudrais faire ça, l’un au fuseau, l’autre au rouet pour comparer.

    Merci encore pour ces beaux articles….et à bientôt dans un futur mél (ou peut même dans la vraie vie, on sait jamais!)

    Fran

    ps: Et comme ça, tu as mon adresse mél, j’aurais dû y penser au début, c’est plus simple comme ça!

    1. Tricotencours_ Répondre

      Merci pour ta visite Fran ! Je pense que nous aurons l’occasion d’échanger plus largement dans un avenir proche, en tout cas je le souhaite ! Pour ce qui est de chronométrer, je le fais régulièrement au moment du filage, pour la partie teinture, c’est de toute façon plutôt en terme de jours que je compte…
      A très vite !

  2. Hélène Répondre

    Merci pour ce joli post, j’ai appris plein de choses 💕

    1. Tricotencours_ Répondre

      Avec plaisir Hélène ! Merci pour ton passage ici et d’avoir pris le temps d’écrire !

  3. modimaginaire Répondre

    J’adore ! Merci pour ces infos! Je commence à expérimenter la teinture et je commence à réaliser le travail que c’est ! Je suis d’autant plus admirative de tes talents!!!
    Bravo!

    1. Tricotencours_ Répondre

      Merci Maud ! C’est aussi une superbe découverte pour moi… Je tâche de me laisser enseigner par le processus.

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