Fighting for joy… #3

Une page blanche.

L’année des possibles.

J’aime penser à ces débuts d’année comme à une fenêtre ouverte sur l’horizon, la première page d’un nouveau chapitre. Je peux décider d’aller régulièrement à la piscine, d’adopter un rythme de travail qui soit sain et durable, de déménager à la campagne, d’avoir un chien, d’oser des choses que je n’avais pas osé jusqu’alors.

À la fin de ce qui aura été une année éprouvante, une année d’étirement (intérieur seulement malheureusement, je n’aurais pas réussi à me discipliner pour faire ma séance de yoga quotidienne), une année d’apprentissage, de prises de risque, j’ai enfin accepté de m’arrêter pour souffler un peu. Et de regarder en arrière.

J’ai été mère au foyer pendant près de 10 ans. Et j’ai adoré ça. Je m’en suis vraiment aperçue au moment où j’ai commencé à travailler et la seule chose que j’ai regretté a été de m’être parfois fait volé ma joie par la culpabilité et le sentiment de n’être qu’une moitié de femme parce que je n’étais pas une mère qui travaille. Alors qu’en fait, chaque minute passée chez moi, avec mes enfants ou seule, à créer ou à prendre soin de ma famille en répétant lessives, siestes, ménage, promenades et préparation de repas sans mettre le nez dehors non seulement en valait la peine mais en plus m’a rendue heureuse.

Quand j’ai entrepris cette nouvelle aventure qui allait donner naissance à Tricot en cours, j’ai d’abord fait face à la nécessité d’adapter mon quotidien à ce changement, à commencer par apprendre à gérer le fait de travailler à la maison. Cela n’a pas été sans peine et ma pause du midi -quand il y en avait une- était plus souvent destinée à lancer des lessives et ranger la maison,  tout ça pour compenser le fait que j’avais quand même beaucoup de chance et qu’il devait bien y avoir un prix à payer pour oser faire un boulot qu’on aime.

J’ai donc glissé tout doucement vers un état de fébrilité intérieure qui me susurait que plus j’en ferai, plus légitime je serai, ne trouvant la paix (et encore) que lorsque j’avais bouclé ma journée de 12h.

Amusant comme on peut davantage mettre ou trouver sa valeur dans le nombre d’heures que l’on réussit à aligner sans s’écrouler plutôt que dans le processus de croissance.

Culpabilité, je ne t’aime pas. Mais alors pas du tout.

Après la peur, c’est toi qui va t’en prendre plein la gueule : cette année, tu n’auras pas non plus ton mot à dire dans les choix que je fais et je vais très bien me débrouiller sans toi, merci.

Tu es menteuse, vicieuse, tu n’en as jamais assez. Tu ne connais pas le ‘bien’, tu veux toujours le ‘mieux’. Tu t’attaques à qui je suis en plus de ce que je ne fais pas, me murmurant que je suis paresseuse et geignarde par-dessus le marché.

Tu es méchante et traîtresse, tu nous voles notre joie. Tu t’insinues partout, et souvent dans la comparaison avec les autres : je ne pourrais jamais avoir 3 enfants, bosser à temps plein, me coudre un truc par semaine, lire 4 livres en un mois, tricoter un pull toutes les deux semaines, gérer des mercredis de malade avec danse, piano, rugby, clarinette et cours de dessin, garder un physique de mannequin et préparer des repas diet ET bons pour ma famille… Parce qu’apparemment cette fille existe (je l’admire et la respecte par ailleurs)… mais de toute évidence, elle n’est pas moi.

Culpabilité, tu sais quoi ? Je suis courageuse, persévérante et patiente même si j’ai sans aucun doute encore beaucoup de choses à apprendre.

C’est à la lumière de cette révélation fracassante que je veux plonger dans 2018. Confiante dans le fait que je ne suis pas aimée à cause de -ou grâce à- ce que je fais mais juste parce que je suis moi et que c’est suffisant. En dépit de mes imperfections et aussi de toutes les montagnes qu’il me reste à gravir.

Alors « Enjoy the process ». Encore.

Et encore.

Love, you are my kingdom.


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